|
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
LA PRODUCTIVITE SOCIALE DES CONTROVERSES Pierre LASCOUMES Intervention au séminaire "Penser les sciences, les techniques et l'expertise aujourd'hui", 25 janvier 2001 Les exemples de controverses récentes montrent les problèmes qui se posent lorsqu'il y a superposition d'incertitude scientifique, de stratégies divergentes d'acteurs et d'une forte mobilisation sociale. Cet article envisage ces situations, comme une anomie sociale mais comme un processus d'apprentissage. C'est à dire comme une expérimentation grandeur nature qui permet à la fois la reformulation des problèmes, l'acquisition collective de connaissances, une évaluation plurielle des risques, l'apparition de nouveaux acteurs et la transformation des groupes existants. Cette dynamique permet de rendre politiquement traitable dessituations complexes où l'expertise scientifique et l'autorité politique classiques s'avèrent insuffisantes. De nouvelles modalités d'expertise pluraliste sont aujourd'hui mises à l'épreuve même si leur conditions de validité sont encore à préciser.
Mais en sens inverse nous ne croyons pas que le développement d'une controverse peut être assimilé à un ensemble d'échanges entre des sujets raisonnables dont les interactions feraient émerger progressivement une objectivation parfaite d'une situation problème et déboucherait spontanément sur la meilleure solution possible. Les travaux sur les controverses socio-techniques ont au contraire montré à quel point le déroulement des controverses repose sur des activités de sélection et d'évacuation d'acteurs et d'arguments, assorties de leurs retours plus ou moins efficaces : "dans une controverse rien n'est plus important que que les mécanismes par lesquels se fixent l'identité des participants, les rôles qu'ils jouent et les sujets qu'ils abordent". Les positions, les intérêts et les arguments s'assemblent et se confrontent en situation beaucoup plus qu'ils ne préexistent aux échanges. L'observation empirique de nombreuses controverses socio-techniques montre que le modèle habermassien de découverte progressive d'une vérité par la seule délibération se révèle très idéaliste. Dans la ligne tracée par la sociologie de la traduction, nous nous attachons auprocessus de la controverse et aux différentes activités qu'elle suscite. Le préalable à cette démarche est la rupture avec les conceptions négatives des controverses. Arie Rip a particulièrement bien montré comment une situation problème traitée par la voie d'une controverse en ressortait mieux articulée dans ses composantes et consolidée dans ses effets sur les acteurs et les issues . La controverse n'est pas pour lui un moment d'anomie sociale, elle est au contraire une démarche susceptible de construire la solidité des projets. Mais encore faut-il que la controverse ait pu être développée, c'est à dire organisée et menée jusqu'à son terme. Classiquement les décideurs publics après avoir amorcé le processus craignent de le voir les conduire vers d'autres solutions techniques ou vers des engagements financiers ou politiques plus lourds que ce qu'ils avaient initialement envisagé. C'est le cas pour le projet canal Rhin-Rhone où des annonces gouvernementales sont faites avant la remise du rapport qui remet en cause l'opportunité du projet. Ou pour les autorisations en matière d'utilisation des OGM où des décisions favorables ont été prises avant la tenue de la Conférence de citoyens. Controverses et apprentissage 1 - la productivité sociale des controverses.
Notre analyse est inverse à ces positions idéalistes qui veulent ignorer l'hétérogénéité du social, la confrontation constante de différences et les relations multiples de négociation et d'ajustements temporaires qu'elles suscitent. Dans les situations démocratiques ouvertes qui ont pris une certaine distance vis à vis des rapports d'autorité classique du politique et de la science, les exigences de discussion et les besoins de compréhension conduisent à envisager positivement les controverses. C'est à dire à les considérer comme des situations productrices d'effets enrichissant les rapports sociaux. Aujourd'hui la mesure d'un phénomène aussi rationnelle soit-elle, l'expertise savante modélisant son explication des causes et les moyens de la transformer, ou bien l'affirmation déterminée d'un volontarisme politique, tous ces discours d'autorité sont souvent insuffisants pour répondre aux questionnements de citoyens sinon éclairés du moins concernés. Le traitement social d'un nombre croissant de situations exige le passage obligé par un temps de controverse publique. Et toute tentative pour ignorer ces échanges, pour réduire ces processus à de simples formalités, ou à une procédure creuse bien qu'obligatoire, toutes ces démarches défensives se retournent souvent contre ceux qui s'imaginent "connaître la chanson " et savoir " tirer les ficelles ". En 1989 la première vague de protestation contre la décision autoritaire du choix des lieux d'enfouissement des déchets nucléaires, ou, la même année, la tentative d'imposition unilatérale du tracé initial du TGV sud-est atteste des changements à l'oeuvre. Les impacts politiques et économiques de ces grands conflits montrent aussi les risques générés par le mépris des controverses. En sens inverse, nous allons montrer qu'une situation de controverse peut être productive dans la mesure où elle rend tangible la co-existence de cadres de connaissance différents permettant de penser et de traiter les situations d'incertitudes scientifiques, mais aussi sociale. Des systèmes divergents d'observation et de compréhension du réel peuvent se manifester ici, alors qu'ils sont le plus souvent masqués ou déligitimés par les cadres dominants (scientifiques, politiques,administratifs, économiques) . Qu'il s'agisse de décrire la situation problème, d'en présenter une explication causale ou de justifier les voies d'action envisagées, les critères mobilisables après une controverse aboutie apparaissent beaucoup plus diversifiés et sont productifs de nouvelles perspectives. La controverse rend les situations gouvernables dans la mesure où elle facilite la délimitation et la hiérachisation des divers problèmes à traiter ; où elle tisse des réseaux d'acteurs hétérogènes, mais temporairement stabilisés ; et où enfin, elle a une vertu exploratoire de recherche expérimentale de solutions par essai-erreur. Dans cette perspective le développement d'une controverse s'inscrit bien dans une "activité de gouvernance",dans un "travail de gouvernabilité " .
Cette évaluation
de l'ampleur d'un enjeu s'accomplit par la combinaison de trois types
d'inventaire, celui de l'ensemble des dimensions de la situation, celui
des investissements effectués par les différents types
d'acteurs mobilisés, celui enfin des diverses solutions qu'ils
sont capables d'envisager. L'évaluation n'est possible qu'à
deux conditions, d'une part si toutes les positions sont traitées,
au moins dans un premier temps, sur un mode équivalent, et d'autre
part, si le déroulement de la controverse ne s'accompagne pas
de fermeture progressive et laisse toujours une place à des points
de vue émergents aussi marginaux soient-ils. Ces activités
d'inventaire ne sont pas un tri entre le vrai et le faux, le légitime
et l'illégitime, elles constituent au contraire une mise à
plat qui doit rester la moins normative possible . La controverse
contribue ensuite à l'évaluation d'un enjeu en faisant
apparaître sur la scène publique des nouveaux acteurs.
Elle redistribue les positions dans les configurations d'acteurs publics
et privés déjà en place. Dans un premier cas de
figure, il s'agit d'acteurs qui ont été jusqu'alors cantonnés
dans les coulisses de la situation-problème et qui trouvent là
l'opportunité d'entrer en scène avec un rôle légitime.
Dans un second cas de figure, ces acteurs sont le produit direct de
la controverse qui les a mobilisé et conduit à se structurer
faute d'organisation préexistante satisfaisante. L'exemple de
la contestation du TGV sud-est est exemplaire de ce double processus.
Dans un premier temps, les premières études réalisées,
la SNCF amorce en juillet 1989 une concertation avec les seuls grands
élus, aussi institutionnelle que discrète. Dans un second
temps, au début de l'année 1990, après des fuites
sur le tracé et la révélation de l'existence de
ces contacts de haut niveau, une flambée de mobilisation se produit
où se joignent dans un front hétéroclite, les élus
communaux et départementaux, les assocations de protection de
l'environnement, des représentants des viticulteurs et de producteurs
de primeurs, avec dans certaines zones une prolifération d'associations
de riverains. Cette démultiplication des acteurs et des revendications
provoque l'arrêt du projet et conduit à une remise à
plat générale. Une mission de conciliation est nommée
en août 1990 afin d'offrir aux populations menacées "
une brochette d'interlocuteurs neufs". Mais cette opération
rattrapage qui dure jusqu'au début 1991 est insuffisante pour
réduire le conflit. Et parallèlement les acteurs locaux
assoiciatifs et politiques se structurent. L'UDA, une association locale
mêlant agriculteurs et résidents se constitue début
1990 et mène des actions de protestations radicales qui durcissent
le contexte. Peu après une coordination plus étendue (la
CARDE ) est créée, l'UDA y adhère quelques mois
plus tard. Si la CARDE fédère des goupes très divers
sur le thème de la défense du paysage provençal,
elle amorce une nouvelle représentation associative qui vient
concurrencer l'organisation régionale plus ancienne peu impliquée
dans la contestation. De plus la CARDE évolue et en quelques
mois reformule ses objectifs de coordination départementale en
une association régionale s'attachant à exprimer un intérêt
général régional. Elle devient alors FARE-SUD et
tiend un rôle décisif dans la troisième étape
où un "collège d'experts" pluraliste nommé
en mai 1992 mène les négociations qui mènent à
la normalisation progressive de la crise deux ans plus tard. Enfin, la controverse
doit permettre d'inventorier la multiplicité des sytèmes
d'interprétation élaborés par les divers acteurs
en fonction de leurs expériences et de leur savoir-faire. Elle
doit être l'occasion d'élargir les points de référence
par la recherche des multiples solutions envisageables pour résoudre
un problème élargi dans ses dimensions et épaissi
par la mobilisation d'acteurs non coordonnés. Lorsque est relancé
en 1995 le projet du canal Rhin-Rhône (en gestation depuis une
quarantaine d'année), une commission de " cinq experts indépendants
" est chargée d'organiser une vaste consultation locale
afin de déterminer les modalités de réalisation
de l'ouvrage. Mais progressivement le dispositif délibératif
a suscité un déplacement des débats sur les problèmes
d'impact de l'ouvrage au plan économique, environnemental, politique
et culturel. L'occasion est fournie à des acteurs nouveaux de
prendre la parole. Ils introduisent dans les débats des informations
jusque là négligées dont la mise en relation aboutit
à une réévaluation complète du projet initial.
C'est finalement la question politique de l'opportunité du canal
qui se substitue aux enjeux techniques des conditions de réalisation.
Et l'effet de la remise en débat sera tel que le gouvernement
Jospin annoncera dans ses premières mesures le renoncementà
ce projet. Cet exemple est intéressant dans la mesure où
il montre la capacité du politique à rompre avec les puissants
effets d'inertie qui ici étaient créés par l'existence
d'une déclaration d'utilité publique antérieure,
l'importance des investissements économiques déjà
réalisés, et par l'appui d'acteurs territoriaux puissants,
a progressivement vu se dissoudre l'essentiel de ses appuis politiques. On le voit l'analyse en termes de controverse permet de sortir des représentations monolithiques des conflits. Elle s'attache à faire ressortir les activités diverses d'enrichissement et de reformulation des enjeux initiaux, la dynamique des jeux d'acteurs enrôlés selon les séquences sur des modes variables, enfin, elle souligne la diversité des problématisations concurrentes faites de la situation. 3 - La controverse est
un processus d'apprentissage La controverse lorsqu'elle est développée génère un processus d'apprentissage qui reconfigure les rapports entre acteurs, le contenu et les formes de leurs échanges. Dans ce sens la confrontation en public des points de vue a une valeur heuristique qui se traduit au moins de trois façons, d'une part elle fait s'affronter discursivement des divergences entre différents types d'expertise ; d'autre part elle pousse les acteurs politiques à se positionner précisément sur leurs positions et leurs alliances ;enfin elle permet la diffusion des résultats de l'expertise profane vers les citoyens les moins concernés. Dans la dynamique de la controverse, chacun est invité à entendre les autres, à répondre précisément à leurs arguments et à formuler des contre propositions. Adopter une stratégie de type" forteresse assiégée " (je défends coûte que coûte mon point de vue initial), ou de type " pull sur la chaise " (je signifie une présence a minima en m'exprimant le moins possible pour éviter de me trouver engagé) sont des attitudes particulièrement peu productives et qui desservent en général ceux qui s'y livrent. La controverse modifie tout d'abord le rapport entre points de vue experts et profanes. Contrairement au modèle de l'instruction publique où les seconds ne peuvent qu'être éclairés par les premiers sans apport en retour, la mise en débat public démontre que chacun de ces acteurs détient des savoirs spécifiques (une capacité de diagnostic, une interprétation des faits, un éventail de solutions) qui s'enrichissent mutuellement. Dans le cours d'unecontroverse il apparaît très vite que le cadre d'analyse des experts initiaux s'avère incomplet et que des questions délaissées ne sont pas systématiquement secondaires ou anecdotiques. Au cours de la confrontation de nouveaux enjeux sont identifiés qui donnent lieu à de nouvelles connaissances et modifient les interactions entre les acteurs impliqués. La conférence de citoyens sur les OGM a montré à quel point des profanes étaient susceptibles de s'approprier un savoir complexe et de le discuter. Leur questionnement n'a pas été une accumulation de point de vues particularistes (consumériste, environnementaliste, etc.), mais ils ont fait preuve d'une grande capacité cognitive à s'approprier des problématiques généralistes sur le développement des technologies et l'appréhension des risques. P.B. Joly rapporte un moment significatif qui s'est déroulé pendant les cessions de formation préalables à la conférence publique. Un orateur invite les membres du panel à "dépasser leurs préjugés pour adopter une approche plus rationnelle du problème". Il est aussitôt pris à partie pour le procès d'intention qu'il fait aux jurés et les échanges débouchent sur une mise en cause du caractère lénifiant des interventions censées les éclairer. Non seulement lesprofanes s'avèrent à déceler les propos biaisés qui leur sont adressés, mais surtout ils sont vigilants sur la validité du cadred'échange qui est constitué. Ce qui leur importe de pouvoir construire un cadre de débats contradictoire leur permettant de se forger un jugement. D''où leur vigilance sur les posssibilités de manipulation. L'apprentissage suppose enfin la création d'une symétrie temporaire des acteurs pendant le temps de la discussion. Situation qui n'existe ni avant la controverse pendant les phases d'instruction dans le "forum constituant" (prédominance destechniciens), ni après, durant la prise de décision conclusive dans le "forum décisionnel" (prédominance des politiques). Dans le cas des
TGV Sud-Est et Rhin-Rhone les riverains défavorables au projet
mettent en évidence de nouveaux problèmes locaux (construction
de remblais massifs, impact environnemental sur milieux naturels sensibles,
ignorance des réseaux de transport de proximité) qui n'étaient
pas envisagés dans les études initiales et dont la prise
en compte modifie la donne. Dans le second exemple, il y aura également
interconnexion de causes, les opposants au TGV s'appuient sur les données
déjà rassemblées par les opposants au canal et
ils complètent ainsi les expertises générales déjà
élaborées (en particulier pour l'impact sur le réseau
hydrologique). 4 - La controverse est un processus de stabilisation
d'un enjeu Au bout du compte nousconsidèrerons que le déroulement d'une controverse a étéproductif s'il parvient à stabiliser un réseau d'acteurs porteur d'un ensemble de connaissances et de projet d'action. Le processusdélibératif qui l'a structuré et a soutenu sondéveloppement peut être analysé comme une activité de"construction d'une volonté politique" . Plus précisément on peutanalyser ce nouveau type de dispositif comme la recherche de noiuveauxmodèles d'expertise pluralistes. Des expertises pluralistes Une des caractéristiques de la "société du risque" est la multiplication des actions d'information et de concertation dans les domaines marqués par de fortes incertitudes tant sur l'existence de risques (OGM) que su rl'acceptabilité sociale de ceux-ci (déchets nucléaires). Les procédures d'enquête publique, les commissions locales d'information sur le nucléaire ou les déchets industriels, la création d'une Commission nationale du débat public ou le recours récent à une Conférence de citoyens sur les OGM attestent d'un mouvement d'ouverture aux avis des non-experts en préalable à des décisions publiques sur des sujets controversés. Ces innovations répondent àune double insuffisance : celle des systèmes de représentation politique classiques chargés en principe de la définition du bien commun ; et celle de l'expertise scientifique et technique à laquelle a été pendant longtemps déléguée l'analyse des données d'un problème et la sélection des solutions. Globalement, l'action publique unilatérale est devenue de plus en plus difficile dans les domaines où les controverses scientifiques et sociales ne peuvent être réduites par des savoirs stabilisés et par des arbitrages fondés sur une notion abstraite de l'intérêt général. Le domaine de la gestion des risques est par excellence celui où aucune "bonne science", ni aucune "sage politique" ne parviennent à elles seules à élaborer des décisions acceptables. 1 - trois interprétations Pour notre part, nous privilégions une troisième interprétation qui considère que ces procédures d'expertise collective ont tout d'abord pour intérêt de traiter les controverses en les envisageant comme un temps d'approfondissement de l'enjeu et d'apprentissage réciproque desacteurs. La sociologie des sciences a montré que le traitement de la controversepassait souvent par la constitution de "forums hybrides", selon l'expression de M. Callon et A. Rip, qui se caractérisent par une triple hétérogénéité. Celle d'acteurs disparates, individuels et collectifs, experts et profanes qui ordinairement s'ignorent et se caricaturent ; ils disposent là d'un espace légitime pour faire valoir leurs analyses, leurs intérêts et leurs valeurs. Cette confrontation met en circulation et en discussion un ensemble diversifié de faits et de savoirs, experts et profanes, mobilisés pour produire et valider les données ; cette dynamique enrichit les informations réciproques et reformate le problème traité. Enfin, ces forums utilisent des démarches diversifiées pour collecter leurs informations, les complémenter, pour organiser des confrontations, stabiliser les diagnostics, valider les résultats et inventorier les positions divergentes. Ces forums hybrides constituent ainsi des réseaux de connaissance et d'action. Ils réalisent une expertise collective qui s'accomplit par la combinaison d'une construction de connaissances scientifiques et techniques, la prise en compte des enjeux sociologiques et économiques des acteurs en présence, enfin, par la négociation de méthodes de travail. Ces "forums hybrides" ne sont donc pas de simples agoras, de simples lieux d'échanges verbaux. Ils se caractérisent par des opérations de sélection des acteurs et des données, par des épreuves validantes, des relations hiérarchiques et des décisions. Le traitement politique des enjeux controversés aapparemment tout à gagner au passage par une mise en débat public. Et l'on peut faire l'hypothèse d'une nouvelle forme de légitimité de la décision publique. Aux cotés de la rationalité légale formelle de l'Etat de droit, et de la rationalité matérielle scientifique du juste état des connaissances, se dessineraiti une rationalité délibérative ou contre-technocratique. La validité d'une décision reposerait alors sur la qualité des débats qui l'ont préparé, sur la richesse des informations collectées, sur la diversification des points de vue recueillis et sur la solidité des accords passés entre les acteurs impliqués. 2 - Les conditions de validité de
la délibération publique Divers moyens
sont envisageables pour garantir une meilleure qualité des échanges.
Tout d'abord le choix des représentants est déterminant.
Il se fait empiriquement et il y a souvent une tension forte entre les
critères de "capacité de représentation"
des personnes et celle de leur "représentativité"
de tel ou tel grouped'intérêt. Pour les commissions locales,
ce sont en fait les priorités et les réseaux relationels
des préfets qui déterminent les choix, c'est pourquoi
leur degré d'ouverture est très variable. De plus, l'exercice
du leadership dans ces groupes est un problème constant. Faute
de guide méthodologique et, surtout, fautede savoir-faire préconstitué
les pratiques de conduite du travail collectif divergent considérablement
et tendent souvent à reproduire les fonctionnements technico-administratifs
ordinaires. Ces deux aspects posent la question générale
des conditions de productivité d'un acteur collectif. Mais ces activités délibératives sont aussi des dispositifs d'apprentissage quis'efforcent de répondre à une double crise : celle des lieux de délibération politique classique dépossédés de beaucoup d'enjeux socio-techniques et économiques comme le nucléaire ou les OGM ; celle de l'expertise traditionnelle menée au nom de la seule raison technique qui n'a pas réponse à tout et dont l'autonomie de jugement est souvent captée par les connivences de la décision publique. Il faudra cependant beaucoup d'expérimentation et de travail de retour d'expérience pour que ces délibérations ne soit pas un nouvel arcane, un "tour de main" du pouvoir, et pour que la mise en public des incertitudes ne se réduise pas à l'ajout d'une "séquence obligée" dans un processus de décision inchangé.
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Retour haut de page | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
CONTACT |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
Penser les sciences et les
techniques dans les sociétés contemporaines
Projet financé par le Ministère de la Recherche et de la Technologie (2000-2002) |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||