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Université de Maastricht

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1. Panorama institutionnel

Comme toutes les université hollandaises, l'université de Maastricht est structurée en facultés pour l'enseignement et en centres ou en instituts pour la recherche (1). Par ailleurs, elle est affiliée à différentes écoles doctorales nationales (" research schools ") agrées par l'académie royale des sciences (KNAW) sur demande du ministère de la recherche et de l'enseignement. Les écoles doctorales sont des structures de formation à la recherche et à l'enseignement supérieur qui permettent également de coordonner des programmes scientifiques des facultés et offrent la possibilité d'affiliations individuelles pour les enseignants chercheurs. Ces écoles sont ainsi des leviers pour faire reconnaître et instituer une thématique de recherche, ce qui favorise des coopérations nationales ou internationales pour la recherche. La faculté qui nous intéresse plus particulièrement dans cette enquête est la faculté des arts et de la culture.
L'université de Maastricht participe à travers la faculté des arts et de la culture à trois écoles doctorales nationales : à l'école (Huizinga Institute) pour ce qui concerne l'histoire, à l'école des études littéraires (Literary Studies), et enfin, à la Netherlands Graduate School of Science, Technology and Modern Culture (WTMC) pour ce qui concerne les STS. Elle accueille également le secrétariat de METEOR.

- Concernant le domaine STS, l'institut de recherche de la faculté des arts et de la culture qui fédère les efforts est le CWS (Cultuur en Wetenschapstudies ou Culture & Science Studies) sachant que l'institut MERIT (Maastricht Economic Research Institute on Innovation and Technology) développe également des approches économiques de l'innovation, de la connaissance et de la technologie qui peuvent prétendre s'inscrire dans la tradition des STS.
- Des membres de la faculté participent actuellement à la création d'un institut international de recherche basé à Maastricht nommé Infonomics visant à étudier les formes du développement et les effets des nouvelles technologie d'information et de communication.

Les écoles proposent de nombreuses activités à leur membres (séminaires, appuis, écoles d'été et d'hiver, séminaires) mais elles sont également des dispositifs pour établir une lisibilité au niveau internationale. L'établissement de collaborations pertinentes à travers les Ecoles doctorales est une des clés de la réussite, mais reste contraint par le maintien d'une cohérence interne.

2. Le domaine STS à l'université de Maastricht : enseignement et recherche

La faculté des arts et de la culture regroupe quatre départements (Histoire, Littérature et Art, Philosophie et les Etudes Sciences et Société). les approches STS sont enseignées à différents niveaux (Bachelor, Master, Doctorat) et font l'objet de programmes de recherche spécifiques ou interdisciplinaires.

Le département des Etudes sur la Technologie et la Société a été créé en 1994 pour fédérer différentes approches de la technologie et des conditions de son développement. Il est dirigé par le professeur Wiebe Bijker, animateur bien connu du domaine STS puisqu'il est actuellement président de la 4S.

Il s'avère être également le prédécesseur d'Arie Rip à la présidence de l'école WTMC et en reste le directeur du bureau. Dans le cadre de notre enquête nous avons rencontré le professeur Wiebe Bijker de la Faculté des Arts et de la Culture).

2.1. Enseignement

Le programme d'enseignement est structuré autour de l'idée que les cultures modernes occidentales sont profondément marquées par la dynamique du développement scientifique et technique, et qu'il s'agit donc de rendre compte de leurs transformations en adoptant différents point de vue disciplinaires et en faisant appel à de nombreuses études de cas et à des approches critiques de la démocratisation de la culture technique. Les enseignements sont construits autour de problèmes (" problem based learning ") et pas autour de la composition de différents apports disciplinaires. Cette pédagogie repose sur la constitution de groupes d'étude et de projets individuels tutorés. La définition de ces entrées qui identifient les modules d'enseignement fait l'objet d'une négociation entre les enseignants à partir d'une " culture STS " bien partagés.
L'orientation générale des enseignements est portée par une attention aux dimensions éthiques, politiques et sociaux des changements en engendrés par la dynamique de ce développement en considérant les problèmes de qualités de la vie qu'il pose, les enjeux culturels et philosophiques qu'il adresse, les normes et le valeurs qu'il questionne, et les créations intellectuelles et artistiques qui s'expriment à cette occasion. Ces approches permettent de mettre en perspective le développement à long terme des sociétés modernes, tout en s'appuyant sur la réévaluation des grandes idéologies de la période industrielle pour proposer de nouveaux point de départ à la réflexion intellectuelle.
La faculté a lancé depuis deux ans ce nouveau Master d'Etudes Européennes autour de cette idée, programme qui participe à l'Association Européenne Inter université sur la Société, la Science et la Technologie. Ce programme fédère 14 universités dont, pour la France, l'université de Strasbourg pour à travers l'école doctorale du Bêta) et coordonne des enseignements en sciences sociales sur le changement technique et l'innovation que ce soit du point de vue de la caractérisation des processus d'évolution des techniques, des aspects décisionnels concernant la R&D en matière économiques et politiques, ou l'impact des technologies et de leurs effets dans différents mondes sociaux et professionnels.

Programmes d'enseignements de la faculté CWS

Bachelor:
· Arts et Sciences [en hollandais]
· Etudes Européenne [en anglais]
Master:
· Affaires Publiques Européenne [en anglais]
· Etudes Européennes sur la Science et la Technologie [en anglais]

2.2. Recherche

Concernant le programme de recherche, une question centrale qui anime la faculté est celle de savoir comme les acteurs sociaux prennent en charge ou sont affectés par les processus de modernisation. L'effort de recherche est structuré autour de trois sections principales : Modernisation et identité culturelle, Technologie et société (théorie sociale et technologie), Science et culture (textes et contextes), sachant que les professeurs conservent une capacité propre à décider de leurs sujets de recherche et de leurs collaborations locales ou externes. Au-delà de l'affichage des ces trois grandes sections, 7 axes thématiques identifient plus précisément le travail de recherche au niveau de groupes de travail, de l'organisation de séminaires et de l'établissement de collaborations: la construction du passé, les transformations de la culture visuelle, penser au-delà du clivage culturel, Réflexion sur l'Europe, le future du Public, les réseaux d'expertise, l'innovation et la réglementation dans la culture technique. Au sein de cette faculté, les principaux chercheurs qui s'inscrivent dans le domaine STS sont membres de l'EASST et de 4S.
Bijker, Wiebe E (w.bijker @tss.unimaas.nl)
Bijsterveld, K.T. (k.bijsterveld @tss.unimaas.nl)
Mesman, Jessica (j.mesman@tss.unimaas.nl)
Mourik, Ruth (ruth.mourik@tss.unimaas.nl)
Pasveer, Bernike (b.pasveer@tss.unimaas.nl)
Wackers, G.L. (g.wackers@tss.unimaas.nl)
Homburg, Ernst (e.homburg@history.unimaas.nl)

Les grandes sections de recherche de la faculté

Section 1 : Modernisation et identité culturelle (direction assurée par le Prof.dr. M.J. Schwegman)

Cette section de recherche vise à étudier l'histoire des relations entre les processus de modernisation et de changement et l'identité culturelle des individus ou de collective dans les sociétés occidentales depuis le XVIII° siècle. La transformation des conceptions identitaires des individus ou des groupes est ainsi conçue comme le produit d'une interaction complexe entre différentes lignes de force ayant leur historicité propres sur le plan politique, socio-économique, sur le plan des valeurs, des normes et des idées. Les tensions et les conflits entre les phénomènes propres à l'affirmation de la modernisation (sécularisation, rationalisation, individualisation) et les tendances de conservation de structures héritées du passé (tradition religieuse sens de la communauté, valeurs de l'ancien régime) font l'objet d'une attention particulière.

Thèmes de recherche de base
1. Changements de la conscience historique européenne depuis le XVIII° siècle exprimés dans les humanités et dans les représentations visuelle du passé.
2. Changements dans la culture politique et notamment l'émergence de la citoyenneté moderne, les styles nouveaux de leadership politique, les mouvements politiques qui combinent vision politique et style de vie.
3. Changements dans les relations entre science et société, tel qu'ils s'expriment dans les significations que recouvrent le genre, la sexualité, le crime, la folie ou la maladie, et dans la définition du rôle de l'intellectuel dans la société.

Section 2: Technologie et société, Théorie social et théorie de la technique (direction assurée par le Dr. K. Bijsterveld)
Les recherches conduites dans le cadre de cette section visent à rendre compte de la façon dont les sociétés modernes sont constituées par les processus de développement scientifiques et techniques, et symétriquement de la façon dont ces processus sont construits socialement. Différents angles de vue disciplinaires sont mobilisés : sociologie, histoire des sciences, philosophie et STS. Cinq thèmes de recherche sont identifiés.
1. le développement de grands systèmes sociotechniques complexe au niveau national ou international
2. théorie de la technologie et théorie sociale
3. histoire des sciences dans l'ère moderne
4. santé et technologie médicale
5. processus de décision politique impliquant la technologie et ses représentations dans le débat public.

Section 3 : Science et Culture, Textes et Contextes (direction asssurée par le dr. G. Verstraete).
Les travaux de recherche identifiés par cette section considèrent que les relations ambivalentes entre la science et la culture forment l'un des problèmes central de la modernité. Mobilisant le point de vue et les méthodes de la critique culturelle - incluant la critique de la science et de la technologie- il s'agit pour ces travaux d'avoir recours à l'étude de ce que la littérature et les arts mettent à disposition pour dépasser les conception modernistes basées sur la rationalité. Ainsi l'étude comparée des conceptions modernes et pré modernes de la science, de la rationalité et du langage sont riches d'enseignement pour opérer ce dépassement.
Pour développer ce point de vue ancrée dans la critique culturelle tout en prenant en compte la diversité dans la science, la technique et la culture moderne, ces recherches considère avec attention les débats sur le postmodernisme et ceux qui se situent à l'intersection de la sociologie de la connaissance et de la philosophie politique, notamment en ce qui concerne le rôle des intellectuels et des experts. Un autre angle d'attaque se situe au niveau de l'observation des relations qui s'établissent entre la philosophie, la littérature et la science, et notamment sur les positions normatives qui peuvent en sortir. Les expressions artistiques qui ont recours à la science et à la technique sont également considérées comme des matériaux très riche. Ces recherches tendent à revisiter de façon critique la distinction moderne entre science et politique, entre l'homme et la nature, entre le moi physique et le moi social. Elles voudraient proposer des interprétations nouvelles et innovantes des problèmes de la science moderne.

3. Quelques éléments tirés de l'entretien avec le professeur Wiebe Bijker (2)

Rob Hagendijk a été un acteur important de l'institution du premier département STS en Hollande, en animant la création du département Science Dynamics à l'université d'Amsterdam, et par la suite un appui institutionnel pour la création de l'école doctorale WTMC avec A.Rip et W.Bijker. Il est certainement un des principaux dépositaires d'une vision historique d'ensemble du domaine STS aux Pays-Bas.
Selon lui le développement d'une deuxième génération de porteurs du domaine passe par un retour à la critique intellectuelle (http://its2.ocs.lsu.edu/guests/ssss/public_html/), sachant que le travail de fond sur les différents aspects de la culture scientifique et technique a atteint maintenant une certaine maturité d'une part et qu'une plus grande sensibilité aux approches interdisciplinaire s'est développée. De plus en plus nombreux sont les acteurs sociaux qui considèrent que les problèmes posés par le développement scientifique et technique ne peuvent abordés sous un seul angle (économique, social ou politique), ce qui ouvre des perspectives pour les STS à travers notamment leur capacité à poser ces problèmes voire à les rendre traitables. Il note au passage que les STS semblent très fragmentées en France et que les associations européennes (EASST) et internationale (4S) ont peu investies.

La recherche à la Faculté CWS est structurée de façon souple autour de trois sections principales de recherche sachant que les professeurs conservent une capacité propre à décider de leurs sujets de recherche et de leurs collaborations locales ou externes. Au-delà de l'affichage des ces trois sections, 7 grands axes thématiques identifient plus précisément le travail collectif par groupes et séminaires.
La faculté entretient à travers des individus des liens avec plusieurs des instituts de l'université ce qui permet d'établir des collaborations, notamment avec des économistes du MERIT (principalement L.Soete) et avec des juristes. Le programme Infonomics semble être une plateforme importante pour tisser ces liens autour des NTIC et les attentes qui pèsent sur l'université pour participer à la création et à la mise en visibilité d'un système d'innovation local à Maastricht. Il y a un espace pour les STS mais les déplacements de thématiques de recherche ou de centres d'intérêts sont moins rapide que pour les économistes qui ont des cycles de recherche plus courts (3 ans).
Par ailleurs les porteurs du domaine STS à travers l'école WTMC ne sont pas complètement d'accord sur l'attitude à adopter vis-à-vis du fort développement que des études sur l'innovation aux Pays-Bas (cf. ECIS, Utrecht, MERIT) principalement portées par les économistes et les gestionnaires. Les questions liées au positionnement des STS par rapport à cet agenda portent à la fois sur la capacité des individus ou des équipes à assurer rapidement un positionnement sur l'innovation, sur les effets que pourraient avoir une arrivée importante d'économistes et de gestionnaires dans l'équilibre trouvé au sein de WTMC entre la sociologie, les études littéraires, les études culturelles, l'anthropologie et l'histoire, et enfin sur les styles de recherches du fait des difficultés à faire cohabiter des orientations compréhensives et quantitativistes (notamment pour l'évaluation des travaux). Les collaborations avec les économistes sont ainsi limitées à quelques personnes comme L.Soete, R.Smits ou Lente. Du côté du Management ou de la théorie des organisations (R.Hoppe de l'université de Twente ou certaines personnes à l'université de Rotterdam) des liens existent également. L'identité de WTMC est l'objet d'une tension entre le succès de l'école qui implique sa stabilisation et la définition d'une identité suffisamment claire pour les doctorants, et l'ouverture interdisciplinaire que suppose le domaine STS.

 

 

 

 

(1) Les centres de recherche se situent au niveau des facultés, tandis que les instituts se situent au niveau de l'université.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(2) Page personnelle de Wiebe Bijker

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